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Yennayer est un mois composé qui signifie « premier mois »
(yen/ayer). Le premier jour de yennayer correspond aussi aux « premières
portes de l’année » (tiggura timenza useggwas), par opposition aux
« portes de l’année de l’automne » (tiggura useggwas iweooiben). Yennayer
le dit bien aux autres mois qu’il surprit en pleines médisances à son
sujet : - « C’est moi qui ouvre les portes de l’année « (d nekk i-gpellin
tiggura useggwas). Le dicton dit : « Le roi des mois, c’est yennayer » (agellid
n wagguren d yennayer). « Un jour Yennayer surprit les autres mois en
train de dire du mal de lui : « Janvier le bruyant poussiéreux, c’est
depuis toujours qu’il est comme ça ! » (yennayer à bu-lêrka, ansi yekka
ttebâit takka si zzman n jeddi-s akka !) Il leur rétorqua : « Si je la
laisse tomber, la relève qui veut ! Si je la relève, la rabaisse qui
veut ! » (ma sres$-as wa’b$a yrefd-ip ! ma refde$-p wa’b$a ysers-ip ! ».
On connaît le mythe de la vieille aux moult versions qui, voyant Yennayer
s’en aller au bout de son trentième jour, osa le défier en lui disant
qu’il était fort seulement en paroles ! « Oncle Yennayer, quelle
insignifiance tu traînes derrière toi ! Tu es parti sans avoir rien
accompli ! » (Gezggeî a Eemmi Yennayer ! Tôuêev ur texdimev kra !) Mal lui
en prit à la vieille, Yennayer la tua elle et sa chèvre dans la journée
qu’il avait empruntée à février (Fuôar). Dès qu’il entendit les moqueries
de la vieille, il s’en alla voir Fuôar et lui dit : « Je t’en prie oncle
Fuôar, prête-moi une seule journée qui restera dans les mémoires : je
rendrai gorge à la vieille insolente ! » (Pxil-ek a Eemmi Fuôar, ôevl-iyi
yiwen si wussan n nnbaô ; a d-rre$ ppaô di tem$art m-lemôaô !)
Depuis, la dernière journée de Yennayer s’appelle « l’emprunt » (ameôvil).
La mythologie nous a également gratifié de « poèmes de yennayer » (isefra
n yennayer) et de « chants de Yennayer » (ccna n Yennayer). C’est dire
toute l’importance que ce mois de Yennayer revêt aux yeux des Kabyles.
Il est d’usage que nous commencions par le commencement, c’est-à-dire par
la fête du « premier de yennayer » (amenzu n yennayer), du 12 au 14
janvier du calendrier grégorien selon les années. Selon les anciens, cette
date pouvait varier d’un district à un autre de la Kabylie (Tamawaya),
voire d’une région à une autre de la Berbérie (Tamazgha).
Cette fête est appelée la « fête de fin d’année » (tame*ôa n yixf useggwas).
A l’origine, la fête durait 7 jours. La première journée était chômée.
Quiconque enfreignait l’interdit risquait la stérilité. L’immolation du
mouton ou du bélier était un sacrifice rituel offert la Terre - mère
nourricière - pour obtenir d’elle une année agricole féconde, fertile,
tranquille et prospère. Le dicton dit « Yennayer fait la bonne récolte » (Yennayer
d ûûaba). Sentiment profond car, selon mon grand-père, l’année agricole -
marquée par un calendrier rigoureux - possède un cycle biologique
semblable à celui de l’Arbre, de l’Animal, de l’Oiseau et de l’Homme.
Yennayer était l’une des plus grandes fêtes berbères. Ce premier jour de
l’an berbère correspond à ce qui est appelé dans le calendrier berbère
solaire le « premier jour des froids blancs » (yiwen g-semmaven imellalen).
Ce jour-là correspond également, à peu de choses près, à ce qui est permis
d’appeler le « jour de la femme » ou, plus exactement, « le jour de
l’Assemblée des femmes » (Ass n Wegraw n tlawin). Une journée bien
lointaine où les femmes fêtaient les grands froids de janvier. Nous avons
vu que la mythologie kabyle attribue bon nombre de défauts, voire de tares
et de catastrophes à notre vieille grand-mère. On lui doit notamment
l’immobilité et le mutisme des choses de ce monde. Mais, on lui doit donc
aussi le courroux de Yennayer, dont nous sommes en train de parler et dont
les femmes kabyles fêtent si bien encore la venue . Mais il est très rare
que les petits enfants kabyles, qui ont connu leur grand-mère, trouvent
celle-ci mauvaise et acariâtre. On ne peut pas dire d’une vieille femme
kabyle qui, pendant les longues soirées d’hiver, captive par sa parole une
nombreuse assistance qu’elle n’est pas écoutée ou « qu’elle n’est pas
valorisée par sa sagesse », comme d’aucuns l’ont écrit ici et là. Le
dicton est clair : « Une maison sans vieille est pareille à une figuerie
sans caprifiguier, sans figuier mâle » (axxam mebla tam*aôt am urti mebla
tadekkwaôt). Yennayer avait dit aux Anciens Kabyles : « De mon début
jusqu’à ma fin, je vous ferai voir de toutes les couleurs, mais, comme
vous êtes parmi les peuples premiers, je vous apporterai bonheur et bonnes
récoltes ! » (seg-semmaven a l*ezla a-wen seôwu$ imeô$an ; d-acu kan, mi
tellan seg’Mezwura, awen-d awi$ lahcaca, a-wen-d rnu$ l$ella !).
Selon ma grand-mère Ferroudja, ce fut une jeune fille sagace qui avait
promis d’offrir à Yennayer des crêpes dès le matin de son premier jour et
un bon souper pour le soir s’il se montrait plus conciliant avec les
pauvres montagnards ! Yennayer lui répondit : « J’accepte avec une
offrande choisie, les ustensiles pleins de nourritures, les crêpes et le
couscous sans oublier la part de l’absent » (pmadi* s-usfel meqqwren, p-paççaôt
l_leêwal, p-pe$ôifin d seksu, d umudd g_gwin inagen).
Depuis, on immole une bête comme offrande dont la viande garnit le
couscous du souper de yennayer (imensi n yennayer). On prépare les crêpes
(ti$rifin) et beaucoup d’autres gâteaux pour le petit déjeuner. Au retour
de la fontaine, les femmes déposaient dans la cour de l’Assemblée les
gâteaux qu’elles avaient préparés la veille et le matin. Quant au repas du
midi, il est composé de gros couscous (berkukes) dont les graines se
gonflent au contact du bouillon comme l’on voudrait que le grain enfoui
dans la terre - semé - germe et procure une bonne récolte (ûûaba). Les
ustensiles devaient être pleins de victuailles : rite d’abondance. Et
comme l’exige Yennayer, on mettait un couvert pour chaque membre de la
famille absent. On évite les produits épicés et amers et on prépare des
mets sucrés comme les crêpes.
Juste avant le souper, le repas qu’ils n’avaient pas pris, était mis à la
disposition des pauvres : un plat était porté à l’assemblée. On ira le
reprendre tard dans la nuit. Les absents sont aussi souvent des absentes :
les filles mariées auxquelles on met toujours de côté la part de viande,
de gâteaux et de friandises qui leur reviennent. Tout le monde devait
manger à satiété, y compris les vagabonds de passage qui étaient toujours
traités avec beaucoup d’égard, mais surtout ce jour-là. Le soir, juste
avant le souper, la mère donnait à ses enfants des graines de céréales
qu’ils devaient tenir dans la main le temps d’une prière sur la genèse
selon la mythologie kabyle : « Il y eut un jour dans l’univers, le
Souverain Suprême transforma les ténèbres en lumière ; il sema les étoiles
dans le ciel ; Il enleva tout ce qui était néfaste et lava la boue à grand
eau !... » (Yella yiwen wass di ddunnit yekker Ugellid Ameqqwran ; îlam
yerra-t p-pisrit, deg’genwan izre itran ; yekkes kra yella dirit, alluv
yurad s waman. Aluv yurad s waman a Bab Igenwan !...) Chacun doit veiller
à soigner sa conduite : s’abstenir de prononcer des mots qui fâchent et
d’avoir de mauvaises pensées qui offenseraient le Génie-Gardien de la
maison. Chacun doit demander pardon à chacun. Comme la fête de Yennayer
durait 7 jours, on attendait la journée où la neige « liait » la
fédération kabyle (Tamawya) : quand les montagnes des At Wadda (Archs du
Djudjura occidental) et des At Oufella (Archs du Djurdjura oriental,
vallée de la Soummam, les montagnes des Portes, des Babors et du Guergour)
étaient liées par la neige : on sacrifiait le mouton.
La fête de la rencontre des neiges ou le sacrifice de
Yennayer
Dans la vallée de la Soummam avait lieu dans les mois de décembre et
Yennayer la fête dite « de la rencontre des neiges » (tamyagert g_gwedfel).
Quand la neige de l’Akfadou et du Djurdjura rencontre celle de l’Achtoub
et de Takintoucht - montagnes des Babors non loin de Tizi Wouchène -, on
sacrifie un mouton. Comme l’avait dit Yennayer, la neige est un signe
annonciateur d’une très grande et bonne récolte (ûûaba d l*ella). Nous
disons alors « elle l’a réunie » (tsemyagr-ip) : c’est-à-dire que la neige
a réuni les deux côtés de la Kabylie « sous son burnous blanc ».
Autrefois, pendant Yennayer, les Kabyles allumaient de grands feux de joie
pour signifier leur bonheur les uns aux autres. La mère kabyle parcourait
avec une lampe tous les coins de la maison pour souhaiter le bonheur à
tous les membres de la famille y compris les oiseaux et les animaux
domestiques . Il était d’usage qu’elle commence par les parents. Elle
tendait la lampe dans la direction de chaque Etre en formulant des
souhaits de joie : « Soyez heureux mon père et ma mère ! Soyez heureux mon
mari ! Soyez heureux mes enfants ! Soyez heureux anges gardiens de la
maison ! Soyez heureux bœufs ! etc. (Ferêewt a baba d yemma ! Ferê ay
argaz-iw ! Ferêewt a yarraw-iw ! Ferêewt a y iessasen g-wexxam ! Ferêewt
ay izgaren !) Les enfants se roulaient nus dans la neige pour devenir fort
et ne pas craindre le froid ! Ils croquaient l’eau de la neige de Yennayer !
Ils faisaient des batailles rangées à coups de boules de neige. Les grands
roulaient un amas de neige jusqu’à ce qu’il devienne aussi grand qu’un
grand rocher ; alors ils en faisaientt souvent non pas un grand bonhomme
de neige ; lequel, en kabyle, s’appelle « l’ânesse » (ta$yult). Ils
installaient « l’ânesse » en bas des villages, sur le plateau réservé au
jeu (agwni) avant de la décorer pour l’offrir aussi belle que possible à
Yennayer.
Dans toutes les cours intérieures des maisons, les plus petits
construisaient des bonhommes de neige à leur taille ((ta$yult tamecîuêt).
Un jeu consistait aussi à fabriquer une presse à huile dans la neige. Il y
avait des périodes où la neige tombait plusieurs jours de suite. Quand, le
matin, les gens ouvraient leurs portes, ils tombaient souvent nez à nez
avec un mur blanc de neige du sol au toit de la maison. La couche de neige
atteignait parfois plusieurs mètres de hauteur. Les hommes du village
devaient sortir et, armés de pelles, ils dégageaient les ruelles du
village. C’était une entraide collective obligatoire qui consistait à
chasser la neige. Elle porte le nom de « cassure de neige » (taruéi usalu
). Asalu est la couche de neige qui ne permet pas aux pieds d’atteindre la
terre ferme. Dans une comptine fort ancienne, les enfants chantaient
Yennayer qui provoquait Asalu :
Les portes de l’année sont ouvertes Nous les voyons de l’Akfadou
Yennayer prend garde que les mottes de neige ne deviennent de l’eau
Garde-les biens pour qu’elles s’amoncellent bien haut Nous, nous sommes en
train de « casser l’asalu » !
Tiggura igenwan llint Nwala-tent seg’wkeffadu Yennayer êader ak fsint Eass
fell-asen ad alint Nekwni nepôué asalu !
A chaque chute de neige, une fois les ruelles dégagées, les enfants
parcouraient le village en chantant : « Dieu, donne des flocons de neige,
nous mangerons et resterons à ne rien faire, nous donnerons de la paille
aux boeufs ! » (A Öebbi fk-ed ameççim, a-neçç a-neqqim, a-nefk i yezgaren
alim !). Comme la neige ne leur suffisait pas, ils allaient jusqu’à la
rivière qui gelait. Là ils faisaient du « patin sur glace » et de
l’escalade le long des conduits des moulins à eau pour cueillir les
figurines qui se formaient dans la glace. Ce sont des jours qu’il est
difficile d’oublier. Le Djurdjura et l’Akfadou ainsi que l’Achtoub et les
autres montagnes kabyles (Tiggura, Ababur, Aguergour) revêtaient leur
manteau blanc. Quand Les mères kabyles voulaient chauffer de l’eau, elles
remplissaient de neige propre un ustensile avant de le mettre sur le feu.
Les anciens appelaient la neige « la salive du Maître des Cieux » (imetman
n Bab Igenwan). Dans notre mythologie, le Souverain Suprême a créé la
neige pour permettre au monde de se régénérer, d’avoir une longue vie.
L’eau de la neige en s’infiltrant dans la terre « régénère les tissus, les
os de celle-ci ». Le jour où il ne neigera plus, où il n’y aura plus de
neige, la terre sèchera comme un vieillard. Ses os craqueront et elle
mourra. Quand la neige tombe, c’est le Maître des Cieux qui souffle d’un
air frais sur la terre ».
Enfin, le soir du souper, les femmes parlaient avec verve et émotion de
leur journée. Toutes les portes restaient grandes ouvertes, car ce jour-là
était aussi le jour du carnaval, appelé « le vieux sage au tesson » (am$ar
uceqquf ). Les gens restaient dehors afin d’accueillir les enfants qui,
masqués, parcouraient le village en chantant le premier jour de l’année.
Ô premier jour de l’année, ô portes des cieux ! La neige arrive à la
taille, mais elle deviendra de l’eau Ô maison, ô Génie Gardien, nous nous
souvenons de ce jour Les ventres sont pleins et les têtes sont joyeuses...
Ay ixf useggwas p-piggura igenwan Adfel ar wammas, ad yefsi d aman Ay
axxam d u*essas, necfa f yiwen wass I*ebbav ôwan, iqqweôôay zhan...
Chaque maîtresse de maison leur remettait des oeufs et des gâteaux, en
disant ou en chantant : La fin de l’année, c’est le premier jour de
l’année Nous nous en souviendrons, nous mangerons de la viande Nous
oublierons la farine de gland !
Ixf useggwas, d-amenzu useggwas A-necfu fell-as, a-neôwu
aksum ; a-neppu amalas !
Les enfants parcouraient les ruelles du village, derrière l’un d’eux qui
personnifiait ce personnage mythique qu’était « le vieux sage au tesson »
qui avait juré fidélité à « mère Yennayer » (yemma Yennayer). L’on raconte
que le sage appelé « celui qui dit la vérité » (admu t-tidep) habitait une
cité où les femmes étaient brimées et où des manquements à la liberté
étaient manifeste au vu et au su de l’Assemblée (Agraw). Comme ceux qui
tenaient le pouvoir ne voulait pas revenir à un fonctionnement plus juste
de leur Assemblée, « Celui qui dit la vérité » finit par leur dire : « Par
le serment des gens qui n’ont pas peur de dire la vérité, que je ne
resterai plus jamais dans la cité des dictateurs ! » (Aêeqq kra di-wansen,
a taddart iwersusen, ur qqime$ ger-asen !) Il quitta sa cité et s’en alla
habiter dans un refuge isolé. Il ne prit avec lui qu’un tesson plein de
braises pour se chauffer... Depuis, les Kabyles lui rendent hommage à
travers un carnaval qui porte son nom « le vieux au tesson » (am$ar
uceqquf). A la tombée de la nuit, les enfants grimés et masqués
parcouraient les ruelles de la cité. Les gens étaient tenus de laisser
leurs portes ouvertes. Les gens devaient se tenir devant leur maison pour
accueillir le groupe d’enfants qui devaient lâcher leur sentence-vérité (awal
t-tidep) concernant chaque maison. Les mots étaient parfois très crus
(c’est pour cela que les enfants étaient masqués : c’était la voix du
vieux au tesson qui s’exprimait. Il s’agissait de rétablir la vérité pour
laquelle le « vieux au tesson » - appelé aussi « la sentinelle de la
vérité » (aweqqaf t-tidep), avait préféré vivre dans l’isolement et la
solitude jusqu’à sa mort.
Exemple de sentence (izli) devant les gens où la maison dont la maîtresse
était connue pour sa mauvaise conduite et son mauvais caractère.
Un enfant masqué s’avance et dit :
« Voici les paroles du sage au tesson : « Ô Waâli ! Ô Waâli ! Sache que ta
femme est bien vilaine ! Elle n’a aucun charme, elle ne dit jamais la
vérité ! Elle est avare et sèche comme un vieil oignon ! Elle tient des
propos sur d’autres qui sont bien mieux qu’elle ! En vérité, il faut que
tu saches qu’elle ressemble au cul du singe ! » ( A-ta wawal n wem$ar
uceqquf :A dda Waâli ! A dda Waâli ! Tameîîut-ik d m-xenfuî ! Ur tesai
sser, ur tessi tidep ! P-tamecêaêt teqqur am tebselt ! Thedder yal lehdur
af widan i-pyifen ! Ma yella teb$iv tidep, tecba taqerqurt ibekki !) Pour
se faire pardonner, la maîtresse de maison devait jouer le jeu et offrait
des friandises et des oeufs ! Le maître de la maison leur donnait une
pièce. Quand ils terminaient la tournée du village, ils se donnaient
rendez-vous dans la cours de l’assemblée. Là, l’un d’eux qui occupait les
fonctions de chef (amnay) - cela pouvait être un adulte qui faisait partie
du carnaval -partageait entre eux le « butin » fait d’oeufs durs, de
gâteaux, de friandises et... de quelques pièces d’argent.
Le rituel du carnaval obéissait aussi à une autre Vérité absolue, appelée
« le dû de la vie » (azal n tudert) - qui est le principe du
vieillissement qui frappe les Hommes et toutes les choses qui l’entourent
et qui sont vivantes sur terre. Dès leur plus jeune âge, il faut que les
enfants prennent conscience qu’eux aussi vieilliront. De ce fait découle
deux règles. La première est expliquée par le dicton : « C’est la jeunesse
qui travaille pour la vieillesse » (p-peméi i-gxeddmen af tem$weô). On
apprend aux enfants à préparer leurs vieux jours en travaillant, sous
peine de se voir réduits à quémander comme le font les vieux qui n’avaient
pas assez amassé de biens pour protéger leurs vieux jours. La seconde est
le corollaire de toute éducation kabyle : le respect des personnes âgées
et ce quelle que soit leur condition : « qu’elles soient à leur printemps
ou à leur hiver » (£as llan di tefsut, xas llan di tegrest).
On voit donc que Yennayer est une fête « déterministe » qui engage les
enfants Kabyles et leurs parents à donner le meilleur d’eux-mêmes.
A la fin Yennayer, les enfants étaient envoyés par leur mère chanter par
trois fois à l’oreille droite des boeufs de la maison en tapant dans une
casserole : « Janvier s’en est allé ô boeuf ! » (Yennayer iffe$ ay azger !).
Voici un extrait d’une chanson dédié à Yennayer par les femmes kabyles
pour se concilier les bonnes grâces du « souverain des mois ».
LA CHANSON DE YENNAYER
Ô YENNAYER ! ô YENNAYER ! Tu es le maître des champs de blé Ô YENNAYER, ô
YENNAYER ! C’est à cause de toi que nous nous bousculons !
Ô YENNAYER, ô YENNAYER ! Mon frère, laisse place à Février Ô YENNAYER, ô YENNAYER ! Ne sois pas dur avec les vieux.
Ô YENNAYER aux bonnes récoltes Tes eaux sont si froides Le pays de mes ancêtres A de tout temps aimé les braves.
Ô YENNAYER comme tu es beau Toi dont le nom est si réputé Les enfants et les femmes t’aiment La montagne te voit comme porteur de bonheur !
Ô YENNAYER ! Ô YENNAYER ! Tu es le meilleur des mois Ô YENNAYER ! Ô YENNAYER ! Sois clément et épargne les exilés.
Toi YENNAYER, paix et lumière Le pays s’appuie sur les traditions Celui qui cherche finit par trouver Là où il y va, Dieu s’y trouve aussi ! CCNA N YENNAYER A Yennayer ! a Yennayer ! Keççini d bab g-iger A Yennayer, a Yennayer Fell-ak i neôwa amdegger.
A Yennayer, a Yennayer Eoo amkan a gma i Fuôaô A Yennayer, a yennayer Taggwadev Öebbi g-gwem$aô
A Yennayer bu ssaba Aman-ik d-isemmaven Tamurt n jeddi d baba I-P ireffden d-irgazen
A Yennayer bu tecrurin A-win mi yezdi yissem Hemmlen-k warrac p-plawin Mi-k yes1a wedrar d ôôsem
A Yennayer, a Yennayer A lexyaô deg-gwagguren A Yennayer, a yennayer Ëader widak yunagen.
A Yennayer lehna tafat Tamurt tedda s tisula Wi nnudan f-kra
yufa-t Anda yedda Öebbi yella !
Voici quelques paroles de ma mère à propos de Yennayer : “Sans Yennayer,
le bonheur demeure incomplet, car c’est lui qui permet à toute l’année
d’avoir son équilibre. Que peut une terre qui n’a pas de reserve d’eau :
elle est appelée à souffrir de soif et de sècheresse avant de mourir et de
voir mourir les siens”. L’eau c’est la vie. C’est pour cela que le
Souverain Suprême a créé la première femme d’une perle de rosée. C’est
pour ça que nos ancêtres disaient : “la rosée, c’est la sueur de Yennayer”.”
(mebla yennayer, wlac lehcaca di ddunnit ; imi d neppa id yeppaken i
wseggwas arkad-is. D-acu i-wi yezmer waka ma yella ur yesI lufeô d lxezna
g-waman : ipeddu ar lmerta n ffad d-uêavum d-u$urar weqbel ad yemmet wad
iwali amek pemmaten yidma-s. Aman p-pudert. Af-faya id-yejna Ugellid
Ameqqwran tameîîut tamezwarut si tiqit n nnda. Af-faya iqqaren Imezwura
nne$ : nnda p-pidi n Yennayer.)